Les industries de défense européennes


Les industries de défense européennes doivent faire face, d’une part, à la double menace des groupes américains (Boeing, Lockheed Martin, Honeywell international, General Dynamics, etc.), qui bénéficient de la commande publique américaine représentant plus de 40 % des dépenses mondiales d’armement, et, d’autre part, des industries des pays émergents (Chine, Corée du Sud, Inde, Russie, Turquie, etc.) tirant avantage de leurs coûts de production réduits et de la croissance des dépenses militaires sur leur marché intérieur. Dans ce contexte, les commandes publiques de chacun des États membres de l’Union européenne, pris individuellement, ne sont pas suffisantes pour alimenter leurs industries nationales, et moins encore pour que ces dernières atteignent une taille critique. Or, selon l’Alliance atlantique, les dépenses de défense des 26 États européens de l’OTAN s’élevaient en 2016 à 238,6 Md$. Une meilleure coordination des investissements placerait l’Europe certes derrière les États-Unis (664 Md$) mais à un niveau comparable à l’effort de la Chine et nettement supérieur à celui des autres États, y compris la Russie. Le cas du programme d’avions de combat F-35, lancé par les États-Unis en 1996 sur la base d’une maîtrise d’œuvre industrielle confiée à Lockheed Martin, avec comme principaux sous-traitants Northrop Grumman et BAe Systems, illustre bien ce défi. D’une part, les masses financières engagées par les États-Unis sur le programme (340 milliards de dollars pour 2 226 avions, dont près de 63 milliards de dollars pour le seul développement) ne sont pas à la portée d’un État européen. D’autre part, la volonté des États-Unis d’associer leurs alliés au programme leur a permis d’obtenir aujourd’hui la participation du Royaume-Uni, de l’Italie, des Pays-Bas, du Danemark et de la Norvège notamment. L’implication de certains États européens dans ce programme soulève trois questions interdépendantes concernant la construction d’une autonomie stratégique européenne en matière de défense. D’abord, sur le plan économique, ce programme américain mobilise les ressources que les États européens participants peuvent consacrer à leur aviation de combat, au détriment du développement d’un nouvel appareil européen. Ensuite, il réserve au maître d’œuvre américain les technologies les plus avancées, ne laissant aux industriels des pays associés qu’une part de sous-traitance peu valorisante et rendant ces derniers tributaires de la technologie américaine. Enfin, l’intervention militaire en coalition avec les utilisateurs du F-35, même s’ils sont exclusivement européens, nécessitera un appareil, ou plutôt un système de combat aérien, compatible avec ses capacités de communication. Si certains pays européens qui n’ont pas encore choisi devaient s’orienter vers le F-35, la capacité à développer un avion de combat européen serait remise en question.


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